Tunis Lomé (Togo) à vélo, octobre 1988 à fevrier 1989: 7000km
Partis de Menton le 17 octobre 1988, notre idée à Gilles mon coéquipier, et moi, était de rejoindre la Calabre, puis la Sicile, et y prendre un ferry pour Tunis.
Mais au bout de 70 km, ma roue libre hélicoïdale, neuve, a rendu l’âme. Ça a modifié notre projet, Rome en train, pas de pièce là-bas, retour à Nice en train, puis Marseille à vélo, où enfin la roue  libre de rechange est arrivée. Pas moyen d’obtenir le visa algérien au consulat de Marseille, on verra à Tunis.
Le 9 novembre, nous embarquons pour Tunis sur le Habib, nos vélos noyés dans une mer de « Pigeot » chargées bien plus que raisonnablement.
Du port de Tunis, la Goulette, à la ville, nos premiers coups de pédales sur le continent africain manquent quelque peu de pittoresque.
Mais en trouvant un modeste hôtel dans la médina, on est vraiment dépaysé. Dans les gargotes, nous découvrons et apprécions la panoplie des plats tunisiens aux prix modiques.
On fait face aux différentes petites arnaques, invitation à un mariage…
Nous partons à la chasse au visa, de l’ambassade d’Algérie au consulat, à l’ambassade de France, en passant par le 11 novembre, le vendredi, puis le week-end, on fait du sur place, nous adaptant au rythme africain.
Enfin en route pour le sud, la pauvreté nous frappe. Des enfants en loque jouent au foot avec une gamelle au milieu des chèvres qui bouffent du carton. Mais ça rigole !
Ça change dans les lieux touristiques, qui se vident des hordes d’occidentaux.
Les paysages se font accueillants. Des collines plantées d’oliviers attendent la visite des femmes  en route sur leurs carrioles tirées par des ânes. La sècheresse de l’été se prolonge et  la récolte est maigre. Les paysans résignés nous saluent. Des gamins insouciants nous courent après.
L’auberge de jeunesse de Nabeul  est posée en bord de mer. Douce baignade alors que de jeunes pécheurs en barque vont et viennent, jetant leurs filets tout  près de la plage, jusqu’à la nuit.
Après Sousse, nous quittons la route nationale pour une petite route longeant la mer, courant dans les oliveraies.
embarquement à Marseille
bivouac
Tunisie
Première colique ! Et première pluie torrentielle vers Mahdia. Les paysans sont contents.
Dans les villes, les artisans travaillent sur le pas de leur porte, menuiserie, ferronnerie, mécanique, toutes les corporations sont représentées, avec  le maitre et les apprentis.
A La Chebba, nous admirons le spectacle des sardiniers mettant les voiles sous le soleil couchant, bleuté, orangé…On a du mal à imaginer qu’ils vont trimer toute la nuit pour ramener une pèche qui leur permettra tout juste de survivre.
Première blatte énorme dans la douche.
Le vent du sud nous freine. Auberge à Sfax, puis bivouac dans la nature. Les premiers vents de sable apparaissent, rasants, alors que nous atteignons les premières palmeraies. Nous quittons les bords de mer, l’alouette des sables nous devient peu à peu familière.
Le décor est plantée : sable, chameaux, végétation rabougrie, vent d'ouest…
Bivouac dans le sable, le vent d’ouest s’arrête, puis passe à l’est dans la nuit, nous secouant sans vergogne ! Cette fois on l’a dans les dos, ouf !
De Kebili, nous descendons sur Douz, belle oasis aux portes du grand erg, d’où partent des méharées pour le desert. Puis une route étroite mais en bon état nous amène dans un paysage fascinant : le Chott El Djerid, immense dépression, une mer sans eau. Sable, pierres, sel, écrasés par le soleil, semblent danser, nous dessinant des caravanes de chameaux et des oasis qu’on ne verra jamais. La nuit est pure sur le Chott.
A Tozeur, nous restons un peu pour des balades dans la palmeraie, le zoo de Si Tijani, le jardin du paradis.
Nous campons au Marhala de Nefta. La palmeraie bénéficie d’un système d’irrigation fait de canaux et de puits en béton. Perchés de haut en bas des palmiers, les cueilleurs font la chaine pour descendre les chapelets de dattes, qui sont triées, mises en caisse, puis chargées dans les Peugeot camionnettes. Les palmiers protègent de l’ardeur du soleil des arbres fruitiers, qui à leur tour protègent le potager.
Le 28 novembre, nous passons en Algérie, les douaniers préfèrent parler de notre voyage que de nous fouiller.
sardiniers
Alors qu’on pouvait facilement rallier El Oued avec un fort vent favorable, Gilles nous fait camper dans le sable mouillé. Bonjour le sable sur la chaine, dans le dérailleur…
Les marchands de roses des sables sont de plus en plus nombreux sur le bord de la route. On nous tend un pauvre fennec pendu par les pattes ! Les gamins nous poussent, nous tirent, crachent, jettent des pierres, nous font des queues de poissons quand ils sont à vélo, sous l’œil indifférent des parents.
Dans El Oued, les rues sont inondées.
Dans la pittoresque Naukta règne une douce atmosphère, les gamins sympas nous posent mille questions. Le soir ils jouent au foot dans un grand vacarme. Pas d’eau à l’auberge, sinon un mince filet d’eau coulant d’un tuyau dehors. On filtre.
Nous passons dans une zone de dunes pas très hautes, ça monte et descend, le vent nous pousse encore.
On a droit à un accueil exceptionnel à l’auberge de jeunesse de Touggourt. La ville est alimentée en eau courante par une source d’eau chaude, c’est bien pour la douche, pas pour le pastis. On y rencontre un couple franco-mexicain qui a fait le tour de l’Afrique à vélo.
Le vent passe au sud, il balaie le sable qui forme des congères sur la route. Le relief s ‘atténue. Nous montons la tente entre deux dunes, et admirons un magnifique coucher de soleil.
Nous peinons pour maintenir une vitesse proche de 10 km/h face au vent. Ouargla abrite le plus grand marché au monde de roses des sables. On en voit des milliers de toutes tailles, certaines énormes.
Après Ouargla, le vent s’apaise un peu, dans un paysage différent, les dunes ont disparues, remplacées par du plat caillouteux. Des pierres sont chargées, dans des camions et serviront à la construction de maisons. Encore un bivouac sous le soleil couchant, avant un petit détour pour visiter Ghardaïa, superbe ville bleue et blanche accrochée à la montagne, patrie des Mozabites, un peuple de commerçants. On y fait d’intéressantes rencontres, de locaux et de voyageurs. On peut y faire du change à un taux très intéressant.
dunes algériennes
Yaya à Benisguen
Algérie
Bénisguen
Slimane et Yahia nous font visiter une grande palmeraie au système d’irrigation très élaboré, bien que datant de plusieurs siècles. Un guide nous permet de pénétrer dans Beni Isguen, la ville sainte proche de Ghardaïa. Des femmes on ne distingue qu’un œil, le reste du visage restant caché par le voile. Les maisons comportent plusieurs entrées bien distinctes, pour les hommes, les femmes, et les visiteurs.
Nous empruntons ensuite la route Alger/Tamanrasset, la route des voyageurs, à moto, en 4x4, en camion, en Peugeot 504 conduites par de jeunes aventuriers partant à l’assaut du désert saharien pour aller revendre le véhicule en Afrique de l’ouest.
Nous prenons conscience de l’immensité du désert. Jusqu’à El Goléa, on ne trouve pour toutes habitations que 2 cafés-restos isolés où on peut se ravitailler en eau. Le camping d’El Goléa s’avère aussi propice aux rencontres de voyageurs. On a tous besoin d’échanger. Dattes à volonté.
Un vent froid nous pousse pour de longues bambées sur l’immense plateau caillouteux du Tademaït. L’ambiance est un peu tendue entre Gilles et moi.
Le plateau se termine en beauté par  une route étroite et sinueuse plongeant sur In Salah à travers d’étranges montagnes tantôt tabulaires, tantôt élancées, et on découvre une douce ville aux maisons de style soudanais en argile rouge, carrefour de voyageurs, aux histoires étonnantes.
Je mange en compagnie de deux touristes maliens, transis de froid malgré manteaux et bonnets de laine par 20°C !
carcasse de 504
Encore 650 km pour rejoindre Tamanrasset. La route est perpétuellement en chantier, creusée aux bords par les vents de sable. Les ouvriers nous réclament des souvenirs.
On oblique légèrement vers l’est, face au vent, pour entre dans les gorges d’Arak où la végétation se densifie un peu. Un café de voyageurs les invite à se refaire une santé. Plus loin, quelques familles occupent un hameau, où vit aussi un Français, André, qui gère le café-restaurant-camping. Ça sent la frite, l’omelette et le couscous pour touristes, camionneurs, militaires…Je me balade à pieds autour du village, parmi des nuées de sauterelles, parfois grillées au lance-flammes, parfois mangées par les locaux.
Gorges d'Arak
Gilles décide de poursuivre en camion. Pour rien au monde, je ne voudrais manquer cette équipée à vélo jusqu’à Tamanrasset, avec 6 litres d’eau par une chaleur étouffante. A mes  bivouacs, isolé de la route, je jouis d’un bonheur sans limite, la pénombre m’envahi dans un calme absolu.
Au café-resto d’In Esker, je me ravitaille en eau dans une grande jarre.
Les derniers 25 km avant Tam sont un enfer, trous, bosses…Tamanrasset est de ces carrefours de l’aventure. Répartis dans les hôtels, l’auberge de jeunesse, le camping, les voyageurs se préparent à la traversée des 600km de désert total jusqu’à Arlit au Niger : plein de vivres, d’eau, d’essence,  réparations, bricolages, recherches de coéquipiers ou de transport. Les autorités algériennes invitent les étrangers à partir en convoi. Chaque année, des gens se perdent et meurent.
Chacun raconte son histoire, on s’étonne les uns les autres, avides d’aventure, d’espace, de liberté.
Gilles décide de rentrer en France, je continuerai donc seul.
Je visite la ville, ses boutiques, ses gargotes pittoresques, rencontre des Touaregs, ces nomades du désert qui se sédentarisent peu à peu, qui viennent vendre au marché leur artisanat, bagues, croix du sud, objets en cuir de chameau, magnifiques épées et fourreaux…Ils portent un chèche qui protège des vents de sable et maintient un peu de fraicheur. Je troque mes Damart contre des croix du sud. Il gèle la nuit.
Je fais de longues balades à vélo dans les montagnes volcaniques entourant la ville, où les levers et couchers de soleil sont chaque jour un opéra de lumière. J’envoie des affaires en France, ne gardant que le strict nécessaire.
Je renonce à traverser à vélo qu’il faut trop souvent pousser ou porter dans le sable, et trouve une place dans un camion transportant du sel  jusqu’à la frontière nigérienne. Après, on verra.
Nous sommes 4 dans la cabine du vieux Berliet : deux chauffeurs, un jeune mécanicien, et moi. Le jeune maintient une bouteille de gaz entre ses jambes et fait du thé malgré les secousses et  le peu d’espace.
berliet
dunes de Lahounie
Nous roulons en convoi de 3 vieux Berliet aux pneus plus qu’usés, rapiécés, zigzagant loin de la piste principale pour éviter les zones trop sableuses. Une grande solidarité règne entre les camionneurs, ils s’entraident pour réparer ou se désensabler. Les prières sont respectées. Nous bivouaquons au pied d’une dune. Un des maliens est à la fois mécanicien et cuisinier et prépare le repas. Une grosse boule de pain cuit dans le sable sous de la braise. Coupé en petits morceaux dans une grande gamelle, recouvert d’une sauce pimentée, il devient la truma, plat typique qu’on déguste tous assis en rond autour de la gamelle. On est le 24 décembre, fabuleux repas de noël.
Dans les dunes de Lahounie, le chauffeur évite de gros blocs rocheux et des carcasses de 504.
Nous arrivons de nuit à In Guezzam à la frontière. Après un succulent couscous, nous passons la nuit dans une chambre sans toit sous les étoiles.
Niger
Longues formalités douanières, puis je trouve rapidement un autre camion transportant des dattes jusqu’à Agadès, évitant Arlit et ses taxes. On dépose un local et ses sacs de farine dans un hameau isolé. Bivouac et couscous, rencontre de Tamajek vivant pauvrement dans des bosquets d’épineux, « fils pour toujours de l’immensité désertique et taciturne et de ses vents indescriptibles » (Hector Biancotti). La verdoyante oasis d’In Gitane apparait, avec son eau fraiche courant  dans une large rigole de bois où se baignent tout habillés des camionneurs et leurs aides.
Avant l’entrée d’Agadès, le chauffeur doit régler des taxes et remplir de longues formalités, et me demande la somme convenue, 200FF.
On me dépose à Agadès, où je suis de suite entouré de gamins à la recherche d’une pièce.
Le grand marché avec ses toits de tôle ondulée abrite différentes ethnies : Touaregs, Peuls, Boros, Bouzous…Je loue une paillotte au camping l’Escale à 4 km de la ville. Je visite un ami du gérant de l’auberge de jeunesse de Tam, il m’offre le thé et me parle de la vie ici avec sa famille. Il m’alerte sur les différentes arnaques dont sont victimes les touristes.
Je reste quelques jours à Agadès pour errer, parler avec les locaux, les touristes en 4x4, en 504, à moto.
repas cuisiné par le Malien
bijoutiers
Puis me voici à nouveau sur la route, petit blanc seul à vélo en Afrique Noire, je m’étonne d’être là, un peu angoissé quand même, d’autant qu’aux environs d’Agadès, on me demande sans cesse cadeau, cadeau. Des femmes me courent après : « attends, attends… ». J’accélère pour leur échapper. Plus loin, j’ai quelques soucis avec un grand gaillard gardant des chèvres, il veut des habits!  Il me chipe un bout de pain et s’en contente, ouf !!
Je passe la nuit de la Saint Sylvestre, seul, caché derrière une dune, à la belle étoile.
A l’entrée et à la sortie de chaque ville, je dois m’arrêter aux barrages de police et répondre à mille questions, et user de diplomatie pour ne pas céder de l’argent.
Je fais de longues étapes (140, 170 km…) sur cette route goudronnée proche du Nigéria, par Abalak, Tahoua, Birni N Koni, je trouve du ravitaillement dans les villages
Un Nigérien à vélo m’accompagne jusqu’à l’entrée de Niamey où je loge à la mission catholique en compagnie de routards occidentaux. Chaque sortie en ville est une aventure, les marchands touaregs me tannent pour me vendre des babioles, des jeunes m’invectivent.
Je décide d’entrer au Burkina Faso par le nord, par la route montant sur Tillaberi, Ayorou. Je traverse le Niger à Farié par un bac en compagnie de locaux, de chèvres, moutons, dans une ambiance bon enfant.
épiciers
au puits
baobab
berger peul
traversée du fleuve Niger
Burkina Faso
Je roule au Burkina Faso, un des pays les plus pauvres du monde, maintenant sur de la piste bordée d’épineux, où je dois souvent tirer le vélo dans le sable mou.
D’immenses troupeaux se rassemblent aux points d’eau. Un policier me raconte les problèmes entre pasteurs peuls, sédentarisés depuis peu, plutôt agressifs. Les marchés voient quelquefois des bagarres éclater, pour des problèmes de bétail.
Le président Blaise Compaoré, qui a fait liquider son ami Sankara pour prendre sa place, a fait construire des auberges populaires, dont une à Dori, où je peux dormir. Les gamins m’appellent le blanc, ou toubab. Mamadou, avec qui j’ai sympathisé, me fait visiter les environs et des familles locales. Je me rends plus au nord à Gorom Gorom, au campement hôtel du point de Mulhouse, en cours d’abandon.
piste bordée d'épineux
De Dori, je rejoins Ouagadougou, alternant bivouacs et auberges, allant admirer le lac de Dem avec ses pécheurs et ses grands oiseaux. Des cochons disputent aux chèvres et aux vautours les détritus de bords de route. Je traverse Bani, pays de l’islam militant. Le Burkina est partagé entre chrétiens, animistes, et surtout musulmans.
En pays Mossi, les cases sont circulaires avec un toit de paille cônique, des murs en banco. Les greniers à mil sont construits sur pilotis à l’extérieur du village.
A Ouaga, la capitale construite sur un plateau de latérite, poussiéreuse, on fait moins attention à moi, car la ville est fréquentée par des blancs des ong, des organismes internationaux comme la FAO, l’Unicef…Mais je dois affronter quand même les marchands Touaregs, et divers escrocs tentant de me soutirer de l’argent avec des histoires incroyables. A l’immense marché construit par les Français, cadeau, les stands sont mieux organisés que ceux étalés le long des rues. On trouve de tout, du boulon, à la radio cassette, à l’ananas, à l’ovomaltine…
De nouveau sur la route en direction du Benin, je suis souvent suivi par des locaux chargés comme des mules, jarres en terre cuite, régimes de bananes…
Je sympathise dans un village avec un instituteur qui m’apprend beaucoup de choses : manque d’assiduité des élèves, malgré la distribution de lait et farine avec  l’aide des USA. Il est polygame et doit visiter ses femmes de temps à autre, et assurer la nourriture des enfants semés çà et là, ça lui coûte cher ! Il m’annonce des troubles au Benin, où les fonctionnaires n’ont pas été payés depuis 4 mois, la France va aider.
village Mossi
famille burkinabé
Gamins et femmes sollicitent beaucoup dans cette région, parfois avec agressivité : « tu sais pourquoi j’ai un bâton ? », chante en boucle un jeune en me suivant.
Fada s’avère plus sympathique. Je traverse la réserve de Pama, où je vois des gazelles et des babouins que je fais fuir. Je dors au campement hôtel fréquenté par des chasseurs français dont aucun ne me salue.
Benin
Je pénètre au Bénin où tout semble calme. Les Béninois pratique le brûlis, ça n’est pas beau en bord de route. Les gamins réclament comme au Burkina mais les gens sont plutôt sympathiques.
Un jeune me guide aux superbes cascades de Tanougou. A Tanguiéta, les hommes s’enivrent au « choucoutou », la bière de mil, qui allume bien par cette chaleur. Je traverse les collines de l’Atacora dans le pays Samba par une bonne piste, observé par des groupes de singes.
Je sors du Bénin par un bon sentier, mais quand j’arrive à la frontière togolaise, le douanier veut me refouler  car je n’ai pas le tampon de sortie du Bénin, ça finira par s’arranger, en buvant de la bière de mil.
le brûlis
Togo
A Kara, la deuxième ville du Togo, la région des Kabyés, dits les paysans de pierres car habiles cultivateurs sur ce sol ingrat, je sympathise avec Joaquim, un gamin de rue, qui survit en rendant de petits services. Il me fait connaître les endroits les moins chers et les plus pittoresques de la ville. Il ne va à l’école qu’épisodiquement mais connait sa géographie mieux que moi.
Une route goudronnée bordée de manguiers et de cocotiers m’emmène plein nord. « youvo, youvo, bonsoir, ça va bien merci… », chantent en boucle les gamins en réclamant des cadeaux.
Dans le parc national de la Kéran, j’observe de nombreux animaux : gazelles, singes, phacochères, grands oiseaux…venus s’abreuver aux quelques points d’eau.
La forêt  de la Fosse aux lions, disparus depuis longtemps, abrite la plus grande réserve d’éléphants du Togo. Je me retrouve coincé entre deux familles s’apprêtant à traverser la route, une belle frousse, d’autant que l’un d’eux se tourne vers moi, levant la trompe et barrissant, avant de disparaître dans la forêt.
éléphants forêt de la Fosse Aux Lions
champ d'ignames
A Dapaon, alors que je visite le marché, des supporters de foot, surexcités après le match Dapaon/Lomé, crient : «  il faut casser la police… ». Les locaux me conseillent de déguerpir car ils peuvent être dangereux. Le lendemain matin, ces mêmes supporters sont en train de ramper à plat ventre sur la place, punis par la police!
Direction plein sud pour rejoindre Lomé, ma destination finale, je traverse Pya, le village natal de l’éternel  président Yassimbé Eyadema.
Je dors à nouveau à Kara où je revois Joachim et son petit frère. J’assiste à des danses traditionnelles aux affaires sociales.
Par de superbes paysages, je m’écarte de l’axe principal, longeant la réserve de Fazao. A Bassar, je me régale encore de foufou, deux grosses boules blanches visqueuses, à base de maïs pilé, qu’on mange avec les doigts en trempant dans une sauce très relevée.
J’emprunte une piste forestière menant à Bafilo, les enfants fuient en me voyant. J’apprendrai ensuite que les blancs ont la réputation ici d’enlever les enfants. Aucun véhicule ne passe, un pont s’étant écroulé, on passe la rivière à gué. « Quand l’argent parle, la vérité se tait », dit une pancarte à Bafilo. A Sokodé, je passe devant « le redoutable cordonnier », puis « le réparateur international, cousin de Singer, et oncle d’Olympia ».
termitière
Sortie de classe, des dizaines de gamins me poussent, me tirent, je dois me fâcher, ils m’imitent ! A Atakpamé, après ma plus longue étape et du relief (191km), un Français voyageant en mobylette insiste pour que je goûte à l’agouti, sorte de rat des champs, une viande de choix par ici.
A Adéta, j’oblique à droite pour un raidillon de 6km, par bananeraies, forêts aux termitières géantes, pour arriver à un monastère bénédictin, où règne le silence. C’est un lieu de retraite, tenu par des moines venus du sud-ouest français. Le père Guillaume hésite à m’accueillir, et finit par me conduire à une chambre, où je dois garder le silence, même pendant le repas. La relative opulence des lieux choque quand dans les villages alentours, on a du mal à nourrir toute la famille.
D’ailleurs à la sortie, des gamins tendent une corde à mon passage : « il faut donner l’argent ».
A Kpalimé plus bas, pas moyen de prendre des photos, les gens refusent. Je vais visiter le campement-hôtel de Klouto, résidence de luxe, par une route grimpant dans les plantations de café et de cacao, parfois à l’ombre de manguiers et d’avocatiers, passant près d’une cascade rafraichissante.
monastère bénédictin
cuisinières
famille togolaise
marché de Lomé
faille d'Aledjo
Une dernière étape de 140 km m’amène à Lomé, capitale du Togo, terme de mon voyage, le compteur affiche 7000km, en cette fin février 1989.